Vous lisez allongé sur le dos, le livre tenu à bout de bras au-dessus du visage. Au bout de dix minutes, les épaules tirent. Vous calez alors le menton sur la poitrine pour poser le livre sur le ventre, et c'est la nuque qui proteste. Les lunettes prismatiques, qu'on trouve surtout sous le nom de « lunettes pour lire couché », promettent de sortir de ce dilemme : la tête reste à plat sur l'oreiller, le livre repose sur votre poitrine, et vous le voyez quand même.
L'objet est étrange, un peu ingrat à l'œil, et il ne convient pas à tout le monde. Voici comment il fonctionne, à qui il rend vraiment service, et comment éviter de commander une paire qui finira dans un tiroir.
Comment des lunettes peuvent voir à angle droit
Le principe tient en une phrase : chaque verre est un prisme taillé de façon à renvoyer la lumière à angle droit. Les fabricants et les vendeurs décrivent tous le même effet, une déviation du regard de 90 degrés. Vous regardez vers le plafond, et ce que vous voyez est ce qui se trouve devant vous, à la hauteur de votre poitrine ou de vos pieds.
Trois conséquences découlent de ce principe.
Les verres ne corrigent rien. Ils n'agrandissent pas l'image et ne remplacent pas des lunettes de vue. Les vendeurs le précisent eux-mêmes : l'image est seulement basculée. Si vous avez besoin de lunettes pour lire, vous en aurez toujours besoin dessous.
L'angle est fixe. La déviation ne se règle pas. C'est donc à vous de placer le livre ou l'écran au bon endroit, dans le prolongement de votre regard dévié. Pour un livre, c'est simple : il repose sur votre ventre ou sur un coussin, incliné vers vous. Pour la télévision, c'est une autre histoire (on y revient plus bas).
Rien à voir avec les verres à prisme de l'ophtalmologiste. Un ophtalmologiste peut prescrire des verres prismatiques pour corriger une vision double, en ajoutant une légère correction à la correction habituelle. Ce sont des dispositifs médicaux sur mesure, que les sources de santé visuelle déconseillent de porter sans prescription. Les lunettes pour lire couché n'ont que le mot « prisme » en commun avec eux.
Pour qui elles valent la peine
Les lunettes prismatiques ne sont pas un gadget pour tous les lecteurs du soir. Elles répondent à des situations précises.
Les personnes qui doivent rester à plat. Après une opération du dos ou des cervicales, pendant une convalescence, quand un médecin demande de garder la position allongée : redresser la tête n'est alors pas une option, et tenir un livre au-dessus du visage devient vite impossible. Les aides techniques pour personnes alitées présentent ces lunettes exactement pour cet usage. Si c'est votre cas, demandez à l'équipe soignante, à l'ergothérapeute ou au kinésithérapeute si cette position de lecture vous est permise, et pendant combien de temps.
Les lecteurs dont la nuque fatigue au lit. Si vos séances de lecture du soir se terminent toujours par une raideur dans le cou, les lunettes suppriment la flexion qui en est souvent la cause. Une petite étude publiée en 2021 dans la revue Work a observé, chez des utilisateurs de téléphone assis ou debout, moins de flexion du cou et moins d'activité des muscles de la nuque avec des lunettes à prismes. C'est encourageant, mais l'échantillon est réduit et la position allongée n'a pas été étudiée : ne prenez pas cet accessoire pour un soin.
Ceux qui regardent la télévision au lit. C'est l'autre grand usage mis en avant par les vendeurs. Il ne fonctionne bien que si l'écran est placé au bon endroit, à peu près au niveau de vos pieds.
À l'inverse, si vous lisez surtout semi-assis, calé contre des oreillers, vous n'en avez probablement pas besoin : un bon appui pour le dos et un support pour le livre règlent le problème plus simplement. Notre guide du support de lecture pour lire allongé passe en revue ces solutions, position par position.
Les critères qui comptent avant de commander
Ces lunettes se vendent presque toutes en ligne, sous des noms de marque peu connus qui changent souvent. Plutôt que de chercher un nom, vérifiez ces six points sur la fiche du produit.
Pouvez-vous les porter avec vos lunettes de vue ?
C'est la première question pour une majorité de lecteurs. Beaucoup de modèles se posent par-dessus des lunettes de vue, mais pas tous, et pas avec toutes les montures. Les fiches sérieuses donnent la largeur intérieure de la monture : sortez un mètre, mesurez vos lunettes d'une charnière à l'autre, et comparez. Une monture épaisse ou très large est le cas le plus fréquent de mauvaise surprise. Un banc d'essai publié par le site américain Reviewed relève que la plupart des personnes qui portaient des lunettes ont pu garder les leurs dessous, et que les montures volumineuses posaient problème.
Si vous êtes presbyte, vous avez une autre option : garder vos lunettes de lecture dessous ou les lunettes prismatiques seules, et éloigner le livre. Mais sans correction, la page risque de rester floue.
Le poids et l'appui sur le nez
Un prisme en verre pèse plus qu'un verre de lunettes ordinaire. Selon les fiches des vendeurs, les modèles actuels vont d'une quarantaine de grammes pour une monture légère à une centaine de grammes pour les montures en plastique plus massives. C'est surtout l'appui sur l'arête du nez qui se fait sentir au bout d'une heure, a fortiori si une paire de lunettes de vue est déjà posée dessous. Un pont garni de plaquettes ou une monture légère font la différence.
La qualité des prismes
La plupart des fiches annoncent du « verre optique haute définition ». Difficile de vérifier avant d'acheter : lisez les avis récents en cherchant les mots « flou », « reflets » ou « double ».
Le champ de vision
Les prismes ne laissent voir qu'une zone limitée, à peu près celle d'une page. Pour lire, ça suffit. Pour regarder un film sur un grand écran ou suivre une conversation dans la pièce, c'est plus frustrant. Plus les prismes sont éloignés des yeux (par exemple quand on porte des lunettes dessous), plus ce champ se rétrécit.
Les branches et la tenue
Les vendeurs ne le précisent pas toujours, mais des branches qui serrent un peu les tempes évitent que les lunettes glissent quand vous tournez la tête sur l'oreiller. Des branches trop rigides, à l'inverse, appuient derrière les oreilles quand on est couché. Si vous lisez sur le côté, vérifiez dans les avis que la monture reste en place dans cette position.
L'étui
Des prismes de verre supportent mal de finir écrasés sous un oreiller. Un étui rigide, ou au moins une pochette et un chiffon de nettoyage, fait partie des choses à vérifier dans la liste du contenu du colis. À défaut, prévoyez un étui à part.
Les modèles à regarder
Nous n'en avons pas trouvé à la Fnac à l'heure où nous écrivons : ces lunettes se vendent surtout sur Amazon, par des vendeurs tiers, et dans les boutiques de matériel médical et d'aides visuelles. Les modèles changent vite. Plutôt que de vous renvoyer vers une fiche précise qui pourrait disparaître, voici les types à chercher, avec leurs requêtes.
Lunettes prismatiques superposables aux lunettes de vue Voir sur Amazonlunettes prismatiques superposables lunettes de vue (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Le bon choix si vous portez des lunettes pour lire et voulez les garder dessous.
Cherchez la mention d'un « grand espace intérieur » compatible avec les lunettes de vue, et surtout une largeur intérieure chiffrée. Ces modèles sont souvent les plus lourds de la catégorie, autour d'une centaine de grammes d'après les fiches, parce que la monture est plus grande.
Lunettes prismatiques CHANGAR à monture légère Voir sur AmazonCHANGAR lunettes prisme légères (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une monture en TR90, un plastique souple, pour un poids annoncé de 42 grammes par le vendeur.
C'est l'option pour ceux qui n'ont pas de lunettes de vue, ou qui portent des lentilles, et qui lisent longtemps. Le vendeur indique lui-même une limite : au-delà d'une certaine largeur de visage, la monture devient inconfortable. Vérifiez la mesure sur la fiche avant de commander.
Certains vendeurs ont aussi proposé des versions grande taille, pour les visages larges ou les lunettes de vue volumineuses, mais celles que nous avons repérées étaient indisponibles à l'heure où nous écrivons. Si la largeur standard vous serre les tempes, comparez toujours la mesure annoncée à celle de votre visage ou de vos lunettes.
Les premiers jours : adaptation et limites
C'est là que se joue la réussite ou l'abandon. Les avis de lecteurs le répètent : les premières pages sont déroutantes. Vous voyez le livre sans le regarder, la main qui tourne la page arrive d'une direction inattendue, et l'estimation des distances se dérègle.
Pour lire, cette étrangeté s'estompe souvent avec la pratique. Le banc d'essai de Reviewed décrit une courte phase d'apprentissage, puis une lecture devenue naturelle. Le même article signale en revanche un point que les fiches produits mentionnent à peine : plusieurs personnes ont ressenti une nausée ou un mal de tête au moment de retirer les lunettes, et ces effets étaient plus marqués après une longue séance. Les deux personnes dont un œil voyait beaucoup moins bien que l'autre ont été les plus gênées.
Quelques règles simples en découlent.
- Commencez court. Dix à quinze minutes les premiers soirs, puis allongez. Un vendeur recommande de ne pas dépasser une heure d'affilée et de faire une pause ensuite.
- Ne marchez jamais avec. Les vendeurs eux-mêmes le déconseillent : vous ne voyez pas où vous posez les pieds.
- Gardez les gestes simples. Tourner une page ou appuyer sur l'écran d'une liseuse passe bien. Écrire, annoter ou manipuler une tablette demande une précision que la perception des distances modifiée rend pénible.
- Arrêtez si ça ne passe pas. Certaines personnes n'arrivent jamais à s'y faire. Ce n'est pas un manque de patience : si la nausée ou les maux de tête reviennent à chaque séance, l'accessoire n'est pas fait pour vous.
Et si une gêne visuelle persiste après usage (vision trouble, fatigue oculaire inhabituelle), parlez-en à un ophtalmologiste ou à un orthoptiste. Pour des douleurs de nuque qui durent, le bon interlocuteur reste le médecin ou le kinésithérapeute, pas un accessoire.
Un dernier point pour la télévision : puisque l'angle de 90 degrés ne se règle pas, un écran fixé en hauteur sur le mur vous oblige à relever la tête pour l'apercevoir dans les prismes. Le bénéfice disparaît. Les lunettes fonctionnent avec un écran placé bas, face au lit.
Quand d'autres solutions conviennent mieux
Si les lunettes vous rebutent, ou si vous ne supportez pas l'adaptation, il existe d'autres façons de lire à plat.
Support col de cygne pour liseuse ou tablette Voir à la Fnacsupport tablette col de cygne lit (lien affilié, ouvre un nouvel onglet) Voir sur Amazonsupport tablette col de cygne lit (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un bras flexible fixé au lit qui tient l'écran au-dessus de votre visage, sans rien porter.
C'est l'alternative la plus directe : vous restez sur le dos, rien sur le nez. En contrepartie, il ne fonctionne qu'avec un appareil léger et un bras assez rigide pour ne pas plier quand on touche l'écran. À la Fnac, il est vendu par des vendeurs partenaires : où que vous l'achetiez, lisez les avis sur la tenue du bras avant de choisir.
Kobo Clara BW (Kobo by Fnac) Voir à la FnacKobo Clara BW (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Une liseuse de six pouces de 174 grammes selon le fabricant, qui se tient d'une main.
Parfois, le vrai problème n'est pas la position mais le poids du livre. Un grand format de cinq cents pages au-dessus du visage, c'est un bras qui lâche. Une liseuse légère, posée sur un col de cygne ou tenue d'une main, change la séance, et son éclairage intégré évite d'allumer la lampe de chevet. Pour éclairer un livre papier sans réveiller personne, voyez notre guide de la lampe de lecture pour lire au lit sans déranger.
Coussin de lecture avec dossier Voir à la Fnaccoussin de lecture (lien affilié, ouvre un nouvel onglet) Voir sur Amazoncoussin de lecture avec accoudoirs (lien affilié, ouvre un nouvel onglet). Un appui pour le dos qui permet de lire semi-assis sans glisser dans la soirée.
Si votre médecin ne vous impose pas de rester à plat, la position semi-assise reste la plus simple à tenir. Ce type de coussin règle souvent la question de la nuque avant même celle du livre : notre guide pour choisir un coussin de lecture détaille les critères.
Le livre audio. Pour une convalescence où même tenir une liseuse fatigue, écouter reste la solution la plus reposante : les yeux fermés, la tête où vous voulez. Notre guide du casque pour écouter des livres audio aide à choisir un modèle confortable allongé. Et si vous alternez papier, liseuse et audio pendant cette période, Relit permet de noter le format de chaque lecture dans votre carnet.
Lire à plat, sans forcer
Les lunettes prismatiques ont quelque chose de déconcertant : un objet bizarre, qu'on regarde avec un sourire, et qui peut pourtant rendre la lecture à quelqu'un qui ne peut plus se redresser. Pour la personne clouée au lit pendant des semaines, ce n'est pas un gadget, c'est le moyen de continuer à lire. Pour le lecteur du soir dont la nuque tire, c'est une option parmi d'autres, à essayer avec curiosité et sans s'obstiner si le corps dit non.
Dans les deux cas, la bonne question n'est pas « quelles lunettes acheter ? » mais « qu'est-ce qui m'empêche de lire longtemps ? ». La réponse est parfois un prisme. Parfois un coussin. Parfois un livre plus léger.
Les lunettes prismatiques corrigent-elles la vue ?
Peut-on porter des lunettes prismatiques par-dessus ses lunettes de vue ?
Combien de temps faut-il pour s'habituer aux lunettes prismatiques ?
Les lunettes prismatiques soulagent-elles les douleurs cervicales ?
Peut-on regarder la télévision au lit avec des lunettes prismatiques ?
Les liens vers la Fnac sont affiliés : un achat nous verse une petite commission, sans changement de prix pour vous. La sélection est faite indépendamment.